Tolérer l’incompris

Briser le mur. Artus Rolland, 2025.

Le bonheur par le cosmopolitisme

Si je vous dis que je suis anarchiste, que j'étudie à l'université de Nanterre et que je suis passionné de chars d'assaut, vous vous dites peut-être, à moins de partager ces caractéristiques, que je suis du genre de personnes trop étranges ou extrêmes pour que vous n'envisagiez jamais de les approcher. La peur de l'inconnu, et par extension celle de la différence, est chose assez commune chez nous autres êtres humains et s'étend parfois jusque dans nos relations sociales, ce qui peut mener à l'apparition de logiques claniques, identitaires et donc discriminatoires. Dans cet article, je vais me donner pour tâche de vous expliquer pourquoi, en mon humble opinion, il est crucial, au nom de son propre bonheur, de se débarrasser de toute forme de mépris et de haine lorsqu'on fait face à l’incompris. J'expliquerai pourquoi, à mon sens, avoir des relations sociales avec des profils variés est nécessaire et ce qu'il soit question de variations économiques, genrées, biologiques, culturelles ou autres.

Pour ce faire, je vais commencer par enfoncer des portes ouvertes. Tout d'abord, comprendre la différence est un enrichissement personnel. On a tous beaucoup à apprendre de la part de quelqu'un qui a eu des trajectoires de vie différentes et donc sait des choses différentes, pouvant vous les partager. Cela peut aller de choses très concrètes, comme des connaissances académiques, à des choses plus symboliques comme des connaissances culturelles ou bien même des expériences de vie personnelles comme quelqu'un vous racontant ses peines de cœur. On peut trouver ça futile. Après tout, quel intérêt de socialiser avec un passionné d'histoire si ça ne vous intéresse pas, d'apprendre des choses sur la culture russe si vous ne comptez jamais aller dans ce pays ou bien d'écouter quelqu'un vous raconter sa vie alors que la vôtre vous attend ? La réponse me semble simple : vous n'avez rien à perdre. Peu importe que vous ne soyez pas intéressé par un sujet, que ce soit inutile dans l'immédiat, le simple fait de réduire l'étendue de votre propre ignorance est un service rendu à vous-même. Bien entendu, je me dois ici de nuancer, car pour apprendre, encore faut-il avoir en face de soi quelqu'un de suffisamment pédagogue et être soi-même en état d'écouter. Je souhaite essentiellement insister sur le besoin de se libérer des « ça ne m'intéresse pas » et autres « flemme » qui, je pense, empêchent trop souvent des gens d'apprendre à se connaître et donc l'un de l'autre.

Ceci étant dit, il est bien simple de penser que les seules limites à une interaction sociale se résument aux capacités des personnes à échanger avec autrui. Que faire si la personne en face refuse d'accepter qui je suis ? De surcroît, bien qu'on puisse apprendre de nos différences avec quelqu'un, puis-je réellement apprendre de quelqu'un qui est non seulement différent, mais aussi en contradiction avec moi et mes idées ? Il me semble qu'on pose en fait ici une seule et même question, celle de l'honnêteté. Je sépare ici l'honnêteté en deux types distincts. Le premier est tel qu'on l'entend au quotidien, le fait de dire ce que l'on pense tel qu'on le pense, c'est l'honnêteté avec autrui. Le second cependant est strictement personnel, il s'agit d'être capable de prendre de la distance avec ses propres ressentis et d'être capable de différencier le fait objectif du sentiment subjectif de l'émotion ponctuelle. On aurait tendance à appeler ça le fait d'être honnête avec soi-même. Ainsi, être honnête avec autrui n'a aucun intérêt si on n’est pas d'abord honnête avec soi-même car, si on dit à haute voix ce que l'on pense, mais qu'on est incapable de différencier l'objectif du subjectif, il devient très ardu de supporter la différence ou l'opposition dans les idées d'autrui, et ce pour une raison simple. Face à la différence ou plus généralement à l'inconnu, il est normal d'adopter une posture défensive. Cependant, dans le cas où objectif et subjectif se mélangent, alors la réaction subjective, instinctive et donc première, sera celle exprimée et ce mêlé au sentiment d'être objectif. Des sentiments tels que la colère, le mépris et la peur se combineront à la sensation de savoir objectivement ce qu'on dit. Dans ce cas de figure, une conversation avec quelqu'un de trop différent pour vous risque de vous rendre agressif et alors il n'y aura que deux issues possibles. Soit la personne en face s'énerve à son tour et l'échange tourne au conflit, empêchant quiconque de s'enrichir ou même simplement de passer un moment agréable, soit la personne en face se sentira dominée et sera donc encline à ne pas faire preuve d'honnêteté avec vous, réduisant grandement la possibilité d'enrichissement personnel de cet échange. Être honnête permet donc de socialiser avec quiconque veut bien de vous, mais aussi d'éviter les frustrations. Ainsi, si quelqu'un vous pose une question et vous demande d'être sincère dans votre réponse mais s'offusque de cette dernière en vous blâmant, je pense que, si vous étiez réellement honnête, vous n'avez rien à vous reprocher. L'honnêteté avec soi-même est autant un moyen de s'exprimer en différenciant l'objectif du subjectif qu'un moyen de recevoir l'information et d'accepter les opinions d'autrui. Il est ainsi malhonnête de refuser la réalité ou l'avis des autres car cela ne vous convient pas, que ce soit consciemment ou inconsciemment. Je ne dis pas que vous devez vous réjouir de quiconque vous explique qu'il vous déteste subjectivement, mais plutôt que tant que la personne est claire sur le fait qu'il s'agit de son avis subjectif et que ses propos ne sont pas insultants, alors vous n'avez aucune bonne raison de prendre trop à cœur ce que vous entendez. Cela peut vous permettre de vous remettre en question si vous considérez que la critique est intéressante ou bien simplement être un moyen de mieux comprendre la pensée de l'autre, mais en aucun cas une raison valable à un énervement de votre part. Enfin, je précise qu'il n'est pas sans intérêt de discuter avec quelqu'un qui ne sait pas ou moyennement être honnête avec lui-même, cela demande simplement plus de patience et limitera l'enrichissement commun.

Rester calme en toute circonstance, c'est plus simple à dire qu'à faire. Une femme doit-elle écouter un discours misogyne, une personne colorée un discours raciste ? La réponse est à mon sens que non car, comme je l'ai dit au début de mon article, le but premier de cette ouverture d'esprit que j'essaye de justifier est de s'enrichir et de contribuer à son propre bonheur. Or, tolérer l'intolérance ne vous aidera pas dans cette quête. Ce que je dis, c'est que face à ce genre de discours haineux, s'énerver est une façon de donner raison à l'autre. Après tout, pourquoi devriez-vous vous frustrer et passer un mauvais moment alors que c'est l'autre qui haït ? Bien entendu, si un milieu ou des gens vous font vraiment sentir en danger, la solution la plus viable reste l'éloignement. Mais on ne peut être certain du danger sans l'avoir constaté de la part de la personne et, à mon sens, vous pouvez être fiers d'avoir osé essayer d'aller vers l'autre.

L'ensemble de mon argumentaire, très théorique j'en suis conscient, est le résultat de ma pensée seulement, mais j'espère tout de même qu'il saura aider certains à mieux entretenir leurs relations et même peut-être à davantage laisser leur chance aux gens « bizarres » tels que moi. Quoi qu'il en soit, je vous remercie de m'avoir lu et vous souhaite un agréable reste de vie.

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